Les difficultés de la Démocratie en Afrique

Publié le par NEOAFRICAIN

 

La Côte d’Ivoire qui est passée de l’espérance au chaos est l’exemple de ce que parfois les meilleures intentions peuvent conduire aux pires cauchemars. On a pu voir vu une campagne électorale exemplaire, un bon débat présidentiel entre les deux candidats du second tour, et une très forte participation aux votes, avec un taux d’environ 80%. Hélas, il s’en est suivi des jours de tractations, surtout quand il est devenu clair pour tous les observateurs que le candidat de l’opposition, Mr Alassane OUATTARA, avait remporté les élections. Les réseaux se sont mobilisés pour faire comprendre au Président GBAGBO qu’il devait jouer le jeu de la démocratie jusqu’au bout et accepter sa défaite. On connaît la suite : un délégué de Gbagbo qui arrache les feuilles de résultats des mains du responsable de la Commission Electorale qui les lisait en direct à la télé ; proclamation du candidat OUATTARA vainqueur ; proclamation de Gbagbo président par la Cour Constitutionnelle.

La situation tragi-comique se poursuivra aujourd’hui avec la « prestation de serment de Gbagbo » venue après la prestation de serment écrite de OUATTARA, qui est donc le vrai Président, ainsi que le gouvernement ivoirien , par la voix de Son Premier-Ministre l’ attesté, comme le peuple ivoirien l’a décidé, et comme tous les responsables de l’ONU, de l’union Africain, de l’Union européenne l’ont reconnu. Sarkozy et Obama l’ayant personnellement félicité.

On peut légitimement craindre pour la Côte-D’ivoire ce qu’un analyste a décrit comme une « Mugabisation » de ce pays avec un Président qui va jouer à fond la fibre nationaliste, tout en usant et abusant de slogans « anti-néocolonialistes » faciles. Ce qui risque de conduire à nouveau le pays à une guerre civile qui lui a tant coûté. Quelle Honte !

On peut voir à travers le cas Gbagbo, l’exemple du parcours démocratique raté. Celui là-même qui pendant des années s’est battu pour mettre fin à la « présidence à vie » du Président Houphouët BOIGNY (subissant même la prison et l’exil), ne veut plus quitter le pouvoir,  après 10 ans d’un exercice sans partage qui a permis à son clan de s’enrichir de façon scandaleuse ; et durant lesquels son pays a traversé une guerre civile meurtrière, et des émeutes xénophobes comme jamais il n’avait vécu depuis l’indépendance.

On peut le comparer à un Président Kabila de la République Démocratique du Congo qui lui aussi est arrivé au pouvoir pour chasser un « Président à vie » et qui depuis plus de dix ans règne sans partage sur un pays qui a connu une guerre civile très meurtrière et qui, comme en Côte-d’Ivoire, risque de voir son pays se scinder en zones tribales.

La grande difficulté pour la démocratie en Afrique vient de ce que les élections ne conduisent pas à des alternances politiques, mais à des révolutions. Dans des contextes où le Président et son clan détiennent tous les pouvoirs (exécutif, législatif, judicaire et médiatique) et où donc ils jouissent d’une extrême impunité ; perdre les élections, signifie souvent la perte du pouvoir de tout un clan, de toute une tribu. Ca signifie aussi la possibilité de se voir juger pour des crimes de sang ou pour des crimes économiques commis durant sa présidence. Face à ses risques, on peut ressentir le poids de toute la « famille » derrière la radicalisation de certains Chefs d’Etat qui s’accrochent indéfiniment à leur fauteuil.  

Mais contrairement à d’autres que ces situations postélectorales rendent pessimistes sur l’avènement de la Démocratie en Afrique, je reste persuadé qu’un Etat de droit a toute sa place dans nos cultures africaines. Peut-être pas tout à fait calqué sur des modèles européens ou américains, mais avec au moins la séparation des pouvoirs, une presse libre, et le respect des droits fondamentaux du citoyen.

Pour ce faire, il faudra nécessairement que l’Etat pèse moins sur la vie des citoyens pour que la société dans son ensemble ne dépende plus à ce point des Politiques. Et aussi que la tribu ou l’ethnie soit amoindri. Dans les deux cas, il importe pour l’Africain de prendre conscience de tout son pouvoir en tant qu’acteur de sa vie, sans dépendre de l’Etat et sans utiliser sa tribu comme prétextes pour ses pires agissements.

Dans ces conditions, on ne verra plus au Zimbabwe, en Côte-d’Ivoire ou ailleurs, des Tyrans du 21ème siècle.

 

Publié dans ACTUALITE BRULANTE

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