ERREURS DE LA FRANCE AU RWANDA ?

Publié le par NEOAFRICAIN

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C’est par cette expression forte que le Président SARKOZY a décrit  le rôle joué par la France dans sa relation parfois très trouble avec le Rwanda. Quand on se souvient du candidat Sarkozy prêt à défendre l’honneur de la France dans quasi tous les actes qu’elle a pu poser dans l’Histoire (souvenons-nous du débat sur les « bienfaits de la Colonisation »…) ; on réalise tout le chemin parcouru.

Avant d’entrer dans le fond de ce sujet, on doit redire que le pragmatisme et l’activisme de Sarkozy sont une réalité. Il a osé effectuer cette visite quelques années après la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays ; et ainsi être le premier Chef d’Etat français à Kigali depuis le génocide. Après sa visite historique en Haïti, il poursuit sa lancée…

J’ai apprécié la terminologie choisie par le Président français. Au contraire de Bill Clinton, des responsables de l’ONU et du Premier Ministre belge par exemple, la France n’a pas présenté d’excuses au Rwanda. Les excuses sont liées à des fautes et subsidiairement à des réparations.  Des erreurs quant à elles, sont plus générales et concernent bien-sûr toute la communauté internationale, Rwandais et Français compris.

Face à l’horreur de ce génocide, où des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ont perdu la vie ; on peut comprendre que l’on cherche partout des coupables. Mais il faut toujours garder le fil de la logique de ce que l’on cherche. Même les pires extrémistes ne peuvent reprocher à la France d’avoir eu l’intention de soutenir des génocidaires ; tout au plus on peut lui reprocher d’avoir soutenu l’ancien Président Habyarimana et ensuite, d’avoir eu une réaction molle et tardive quand les massacres ont commencé. En se replaçant dans le contexte de l’époque, on peut comprendre que la France ait pu signer un accord de coopération technique avec un Président légitime dans un pays souverain. Du temps de la guerre froide, c’était monnaie courante (ne pas le faire, pouvait conduire ce même pays souverain à se rapprocher de l’Est...).Ensuite, il faut comprendre que le génocide a commencé suite à l’assassinat du Président Habyarimana, dont l’avion a été abattu par un missile sol-air, tuant aussi le Président Burundais et  trois Français qui constituaient l’équipage à bord. Pour moi, c’est la clé de la responsabilité du génocide. Seuls ceux qui voulaient le génocide ont pu provoquer cet assassinat. Les hypothèses sont ouvertes, mais on peut déjà dire que la France n’a pas pu y prendre part. Elle n’aurait pas tué son allié fidèle et ses propres concitoyens ! Je répète donc : toutes les hypothèses sont ouvertes.

Enfin, sur la passivité : c’est pour moi la grande erreur de la Communauté internationale en générale et de la France en particulier ; même si la France n’a pas à trop rougir d’elle, vu qu’elle a conduit l’opération « Turquoise », permettant ainsi d’évacuer un très grand nombre de Rwandais vers le Zaïre voisin. Les institutions internationales ont toujours pêché par passivité et ça continue. Il suffit de voir le peu de réactions qu’elles affichent  contre l’Iran des Ayatollahs qui fabriquent  une bombe nucléaire ; contre le régime nord-coréen qui laisse son peuple de mourir de famine ; ou ce qu’elles ont fait pour sauver les millions de personnes vouées à la mort dans le Zaïre voisin suite à la guerre régionale de 1998-2003, ou pour arrêter les massacres au Soudan que certains ont bien fait de qualifier de génocide. La communauté internationale arrive quasi toujours trop tard, uniquement pour compter les morts. Le cas rwandais n’y a hélas, pas dérogé.

C’est toujours délicat de traiter de sujets relatifs aux circonstances de la mort de tant de personnes ; on peut être traités de négationnistes. Il faut donc reconnaître la réalité du génocide rwandais, dont les images continueront à nous hanter (fosses communes contenant des centaines de milliers de restes humains, une foule de gens remplissant une église qui sera ensuite mise à feu par des génocidaires, machettes distribuées à des foules en liesse pour massacrer une partie de la population,... Bref, l’horreur.

Mais pour que l’Histoire ne se répète pas dans cette région du monde, il faudra qu’un jour on puisse réellement connaître ceux qui en sont directement responsables et qui donc doivent s’excuser et payer pour leurs crimes. Je reste persuadé que la France n’en fait pas partie.

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