DIFFICILE DE JUGER UNE ICONE!

Publié le par NEOAFRICAIN

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L'interview de Winnie (ex-Mandela) a suscité la polémique il y a quelques jours et j'utiliserai ce prétexte pour moi aussi me permettre (ô Sacrilège!) de juger celui qui est considéré comme un "Demi-dieu" par beaucoup.

Je me dois d’être prudent en écrivant ces quelques lignes, parce que Mandela reste un grand homme, aussi bien pour l’Afrique que pour le monde entier.

« Winnie » quant à elle tient des propos qui peuvent être pris pour ceux d’une femme frustrée par le divorce d’avec le père de ses enfants. Ca me semble en partie être le cas, mais, je pense qu’il y a aussi autre chose au fond qui est vrai.

Je pense qu’on retiendra toujours de Mandela le rôle extraordinaire qu’il a joué dans l’histoire des relations raciales. A l’instar d’un Martin Luther King, et même davantage puisqu’il a exercé le pouvoir suprême dans son pays, il a su trouver les mots et les attitudes pour que la vengeance ne prenne pas le dessus et que l’Afrique du Sud se transforme en un grand charnier à ciel ouvert. Des années après, il faut retenir que d’un point de vue historique, c’était un exploit ce qu’il a fait, accompagné par Mgr Desmond TUTU et sa commission « Vérité et Réconciliation ». Dans son article, « Winnie » se discrédite en minimisant ce moment d’Histoire.  

Pour nombre de pays africains, l’Indépendance et la chute du mur de Berlin ont été des dates-clés autour desquelles tout s’est joué. Ces deux bouleversements qui ont brutalement entraîné des changements de régimes pour des peuples qui n’étaient pas prêts, pouvaient conduire au pire comme au meilleur. Ca dépendait souvent des leaders qu’ils avaient. A voir ce qu’un Mugabe fait aujourd’hui sur son peuple, et notamment pour ces concitoyens blancs, on peut imaginer ce qu’il aurait fait à la place de Mandela.

En tant qu’Africain, je dois dire que la voie de la vengeance aurait été désastreuse pour tout le monde. Pour l’Afrique en premier. Donc merci à Mandela pour cela.

Mais il faut aussi s’étonner que quasi personne n’ose critiquer ouvertement les autres actes politiques posés par Mandela depuis sa libération de prison.

C’est un fait qu’en grande majorité les Noirs Sud-Africains vivent en moyenne terriblement mal et semblent toujours aussi mal à l’aise dans leur propre pays. La chasse à l’homme à laquelle ils se sont livrés contre les réfugiés africains qui vivaient dans leurs townships a mis au grand jour le dénuement dans lequel ils vivent. Les différentes réformes (économiques, agraires, de santé, etc..) qu’il a lancées durant son mandat de Président ont eu un très faible résultat. On peut dire qu’au niveau de la gestion politique de son pays, il n’a pas été à la hauteur des espérances.

En politique internationale, son action aussi durant la période sensible de la guerre régionale qui a sévit en Afrique centrale durant les années 1994-2002 a été très limitée et les résultats quasi inexistants. On l’a vu plus combatif pour s’opposer à la guerre en Irak que sur nombre de sujets essentiels pour l’Afrique.

Tout ceci doit être dit, non pas pour ternir absolument le blason du héros, mais pour apprécier toutes les facettes du personnage.

Sans partager le radicalisme de ses anciens compagnons d’arme dont « Winnie » fait partie, on peut dire objectivement que Mandela a attiré toute la lumière à lui, effaçant aux yeux du monde tous les autres qui ont lutté contre l’apartheid, en premier lieu Steve Biko, personnage central du très beau « CRYING FREEDOM ».

Le rôle de certains Blancs dans cette captation est assez clair. Suite à la réconciliation qu’il a faite avec Frederik DE KLERK, Mandela était devenu un enjeu de politique intérieure. On peut voir comment Chirac en France ou Clinton aux Etats-Unis l’ont utilisé dans ce sens.

Toutes proportions gardées, nous avons retrouvé cette sorte de frénésie ridicule de certains autour d’Obama lors de son élection. J’en suspecte beaucoup d’en faire trop avec Mandela ; alors qu’à travers leur soutien au « bon » Noir, ils cherchent surtout à avoir la paix avec les autres. Publiquement, peu oseront critiquer Mandela par crainte de passer pour des racistes envers celui qu’ils ont eux-mêmes établi comme idole des peuples.

En résumé; si je pense qu’il faudra toujours le remercier pour avoir su faire la paix au bon moment, ne pas oser le critiquer pour ses autres actes politiques majeurs ou pour son engagement parfois trop partisan, et ne pas dénoncer la récupération honteuse que certains font de son image dessert la vérité.

Et rien que pour cela, on peut remercier « Winnie » d’avoir dit ce qu’elle avait sur le cœur !

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